Faliry Boly, Secrétaire général du Sexagon dans les rizières de l'Office du Niger. (Photo: L.Lewalle)

L’accaparement de terres agricoles à grande échelle constitue une menace contre l’autodétermination des peuples et leur souveraineté alimentaire. La Coordination Nationale des Organisations Paysannes du Mali (CNOP) s’élève contre cette pratique qui accable une agriculture familiale déjà peu soutenue.

Alors que le gouvernement malien proclame sa volonté d’assurer l’autosuffisance alimentaire du pays, il continue à céder d’immenses superficies de terres agricoles à des investisseurs étrangers dans le cadre de sa politique de promotion des investissements privés en faveur de la production rizicole.

Dans le projet de l’entreprise libyenne Malibya, ce sont 100 000 Ha de terres qui sont concernés, dont 20 000 ha dans la zone de l’Office du Niger, principale zone rizicole du Mali. Le projet vise la production de riz (200 000 tonnes par an), l’élevage et la transformation. Certes, le projet s’accompagne d’un volet « infrastructures » (une route et un canal pour l’irrigation de 40 km chacun) censé bénéficier à l’ensemble de la population locale, mais qui s’avère plus dommageable que bénéfique : expropriation très partiellement dédommagées, confiscation d’une ressource en eau précieuse pour la petite agriculture, menaces pour les semences de riz local… Malibya entend faire exploiter les terres par une main d’œuvre salariée qui sera vraisemblablement constituée des producteurs locaux évincés ! Comble de l’outrage : les aménagements ont été confiés à une entreprise chinoise qui n’a pas hésité à raser un cimetière …

Des voix s’élèvent, dont celle de Faliry Boly, le Secrétaire Général du Syndicat des riziculteurs de la zone, le Sexagon : « Les paysans sont expropriés jusque dans leurs sépultures ! Est-il possible que les autorités laissent faire cela ? »
Interpellée par les organisations paysannes de la base, la Coordination Nationale des Organisations Paysannes du Mali (CNOP) a dépêché une mission qui a constaté que seules 58 familles sur 150 recensées comme affectées auraient été dédommagées. Une coalition d’organisations étatiques et de la société civile s’organise pour former une commission nationale afin de défendre les intérêts de la population agricole touchée. De fait, les paysans qui vivent dans la région concernée n’ont pas de droits de propriété formels. En moyenne, un foyer d’environ 14 personnes y vit sur 2 Ha de terres, superficie bien trop étroite pour assurer des revenus suffisants. C’est pourquoi, l’association des coopératives de l’Office du Niger milite pour un remembrement au profit des paysans, bien que cette position aille à l’encontre de la volonté du gouvernement et des bailleurs privés.

De fait, la Banque mondiale tente de promouvoir sept « principes » destinés à rendre ces acquisitions foncières « socialement acceptables ». Mais pour la société civile et les mouvements paysans des pays concernés qui ont produit une déclaration commune, cette démarche est néfaste car l’accaparement de terres à grande échelle, même quand il n’est pas accompagné d’expulsions forcées, « retire la terre aux communautés locales, détruit des modes de vie, détourne les politiques agricoles vers l’agriculture industrielle et les marchés vers une concentration toujours plus grande des intérêts de l’agrobusiness et du commerce global, plutôt que de promouvoir une agriculture paysanne durable, tournée vers les marchés locaux et nationaux pour les générations futures. Cela accélérera aussi la destruction des écosystèmes et le changement climatique. Il est donc plus important que jamais que les ressources restent disponibles pour ceux qui en ont besoin pour se nourrir de manière durable et pour survivre en tant que communautés et individus, plutôt que pour ceux qui s’enrichissent en produisant pour les riches. »
A la tête d’un syndicat de riziculteurs, Faliry Boly a son franc parler : « Notre pauvreté les enrichit ! Les Chinois louent des terres aux Maliens plus cher que le montant de la redevance qu’ils payaient à l’ON. Il est temps de faire sauter les verrous institutionnels et de laisser aux paysans le soin de faire l’aménagement de la zone à la place des grands investisseurs privés.»