A ne pas vendre!

Dans ce communiqué, le syndicat béninois  Synergie paysanne dénonce les 7 grands principes évoqués par la Banque Mondiale cherchant à promouvoir les investissements à grande échelle opérés au Bénin. Il met en avant la volonté de la Banque Mondiale de permettre un accaparement des terres « socialement acceptable ». Il rappelle les risques de ce phénomène de masse au Bénin et dans le monde . Synergie Paysanne plaide en faveur du maintien de la terre entre les mains des communautés locales, du soutien de l’agriculture paysanne agro-écologique, du changement en profondeur des politiques agricoles et commerciales et de la promotion des systèmes agricoles et alimentaires tournés vers les communautés.

CONFERENCE PUBLIQUE DU 26 AVRIL 2010 POUR UN ARRÊT IMMÉDIAT DE L’ACCAPAREMENT DES TERRES DE NOS AÎEUX!!

En réponse à la nouvelle vague d’accaparement des terres, par laquelle des investisseurs privés, louent ou achètent des dizaines de millions d’hectares de bonnes terres agricoles en Asie, Afrique et Amérique Latine pour produire de la nourriture ou des combustibles, la Banque mondiale (BM) est en train de promouvoir un ensemble de sept principes afin d’assurer le succès de ces investissements.

La FAO, le FIDA et la CNUCED ont accepté de rejoindre la BM pour, ensemble, faire avancer ces principes. Leur point de départ est que la course actuelle du secteur privé pour l’acquisition de terres agricoles est risquée.

Après tout, la BM vient juste de finaliser une étude dans vingt (20) pays dont le Benin montrant la magnitude de cette tendance et le point central mis sur le transfert de droits sur les terres agricoles des pays en développement en faveur des investisseurs étrangers.

La BM semble convaincue que tout flux de capital privé visant à l’expansion de l’agrobusiness transnational là où il n’a pas encore pénétré est bon et doit être autorisé à avancer afin que le secteur privé puisse retirer plus de richesse du milieu rural. Comme ces investissements sont liés à une privatisation massive et un transfert de droits sur la terre, la BM veut respecter un certain nombre de critères afin de réduire les risques d’explosions sociales non souhaitées : « respect » des droits des utilisateurs actuels de la terre, de l’eau et autres ressources (en les indemnisant), protection et amélioration des conditions de vie au niveau des familles et des communautés (en fournissant des emplois et des services sociaux), et respect de l’environnement.

Ce sont les idées centrales qui se cachent derrière les sept principes de la BM pour permettre un accaparement de terres « socialement acceptable ».

Mais pour nous OPs et OSC, ces principes sont plutôt un écran de fumée pour tenter de légitimer l’acquisition de terres à grande échelle. Faciliter le contrôle à long terme par des acteurs étrangers sur des terres agricoles appartenant à des communautés rurales est totalement inacceptable, quelques soient les principes suivis.

Les principes de la BM, qui seraient totalement volontaires, visent à créer diversion autour du  « nécessaire » qui est une régulation radicalement nouvelle et effective des investissements en réponse aux crises globales financière, alimentaire et climatique.

L’accaparement de terres a commencé à s’intensifier dans de nombreux pays déjà au cours des dix ou quinze dernières années, avec l’adoption de politiques de dérégulation, d’accords commerciaux et d’investissements, et des réformes de gouvernance tournées vers le marché.

Les récentes crises alimentaire et financière ont fourni le prétexte à cette vague d’accaparement de terres par les gouvernements et les investisseurs financiers pour essayer de garantir la capacité productive agricole et les futurs stocks alimentaires, ainsi que des actifs qui à coup sûr leur fourniront de grands dividendes.

La ruée sur les meilleures terres est une réalité au Benin. Trois grandes zones constituent la cible des investisseurs. Au Sud, hormis Calavi et Tori qui sont des réserves résidentielles, le reste est dans le collimateur des « intermédiaires » qui ont acquis d’importantes superficies pour les revendre.

Le même phénomène s’observe d’Allada à Zogbodomey en passant par Sèhouè, Massi où environ 10.000 ha sont spéculés.
Djidja avec près de 46.000 ha, Zakpota dans le ZOU, Ouèssè et Tchaorou avec 25.000 ha de jatropha ne sont pas épargnés.
Des chinois, avec le soutien de certaines ONGs opèrent à Sèhouè, avec la culture du maïs et des fruits rapatriés vers l’extérieur.
A Massi, un opérateur économique béninois a acquit 1370 ha négociés à 450.000fcfa/ha contre 200.000fcfa versés au vendeur.

A ce jour, en plus de l’escroquerie, l’intermédiaire est en cavale avec plus de 16.000.000 de francs d’impayés aux paysans.

Parallèlement, des Sociétés recherchent des concessions à long terme pour une agriculture de plantation, pour produire de l’agro carburant, des huiles, etc. C’est le cas de la Société Italienne GREEN WAVES à Ouèssè qui a obtenu près de 20.000 ha pour produire du jatropha.

Avec cet actuel accaparement de terres agricoles à grande échelle, le paradigme de la mondialisation a atteint une nouvelle étape qui sapera l’autodétermination des peuples et leur souveraineté alimentaire.

La BM voit la terre et les droits à la terre, comme une base cruciale pour les corporations en recherches de gros dividendes sur leurs capitaux. Pour eux la terre n’est pas seulement la base pour produire de la nourriture, mais aussi la pierre angulaire pour exploiter les réserves d’eau et pour promouvoir l’économie des énergies nouvelles.

Il est donc plus important que jamais, les ressources restent disponibles pour ceux qui en ont besoin pour se nourrir de manière durable et pour survivre en tant que communautés et individus, plutôt que pour ceux qui s’enrichissent en produisant pour les riches.

L’accaparement  de terres à grande échelle – même quand il n’est pas accompagné d’expulsions forcées – retire la terre aux communautés locales, détruit des modes de vie, détourne les politiques agricoles vers l’agriculture industrielle et les marchés vers une concentration toujours plus grande des intérêts de l’agrobusiness et du commerce global, plutôt que de promouvoir une agriculture paysanne durable, tournée vers les marchés locaux et nationaux pour les générations futures. Cela accélérera aussi la destruction des écosystèmes et le changement climatique.

Promouvoir ou permettre l’accaparement de terres à grande échelle est une violation au Pacte international relatif aux Droits économiques sociaux et culturels. C’est en contradiction avec la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples. L’accaparement de terres à grande échelle ignore les principes adoptés par la Conférence internationale sur la reforme agraire et le développement rural (CIRADR) en 2006 et les recommandations faites par l’Evaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement (IAASTD en anglais).

L’accaparement de terres à grande échelle doit cesser immédiatement. Les principes de la BM visent à diluer cette conclusion en essayant de créer l’illusion qu’ils peuvent éviter les conséquences désastreuses.

Les organisations paysannes et la société civile reconnaissent largement que ce qu’il faut à la place, c’est :

  • maintenir la terre entre les mains des communautés locales et mettre en œuvre une véritable reforme agraire afin d’assurer un accès équitable à la terre et aux ressources naturelles;
  • soutenir fortement l’agriculture paysanne agro écologique, la pêche et l’élevage à petite échelle, des programmes de recherche agronomique participative et des programmes de formation, afin que les producteurs à petite échelle puisse produire des aliments en abondance, sains et sûrs pour tous et toutes;
  • changer en profondeur les politiques agricoles et commerciales en vue d’adopter la souveraineté alimentaire et soutenir les marchés locaux et régionaux auxquels les gens puissent participer et en tirer profit;
  • promouvoir des systèmes agricoles et alimentaires tournés vers les communautés et basés sur le contrôle des peuples sur les ressources telles que la terre, l’eau et la biodiversité. Mettre en œuvre des régulations strictes et obligatoires qui limitent l’accès des entreprises et autres acteurs publics et privés aux terres agricoles, aux zones côtières et humides, aux pâturages et aux forêts.

Aucun principe au monde ne peut justifier l’accaparement de terres !

Et pour cela, disons NON aux principes promus par la Banque mondiale sur des investissements « responsables » de la part d’entreprises agro-alimentaires!

Synergie Paysanne