Le Sahel terre hostile...ou éden?

Croirez-vous qu’à peine quelques kilomètres séparent les lieux illustrés par ces deux images ?

Terre aride s’il en est, le Sahel occupe une large superficie du Burkina Faso. Une terre de latérite très peu fertile, un régime de pluies saisonnières brèves, suivies par dix mois de sécheresse durent lesquels on regarde le niveau des mares temporaires baisser à vue d’œil…

C’est la région des pasteurs nomades par excellence, mais eux-mêmes, avec l’avancée du désert, sont en proie à de lourdes difficultés. Comment mener une vie décente dans ce milieu ?

C’est la question à laquelle cherchait à répondre le formateur paysan burkinabé Bernard Lédéa Ouédraogo, lorsqu’il a lancé en 1967, la devise  devenue association en 1976 : « Se servir de la saison sèche en savane et au Sahel ».

Posant pour principe de « développer sans abimer », le mouvement des « 6S » a connu un vaste essor grâce auquel les paysans ont été amenés à se fédérer eux-mêmes et à réaliser des ouvrages collectifs, comme des greniers de sécurité alimentaire ou des retenues d’eau. C’est ainsi qu’ont surgi du désert d’extraordinaires jardins maraîchers, tel des mirages au creux des dunes. Reliées par des canaux d’irrigation à des retenues d’eau, des parcelles de terre prennent vie et donnent les plus beaux légumes grâce au labeur des femmes qui les cultivent.  Ces mirages ne sont pas des miracles, mais le fruit d’une organisation et d’efforts constants. Bâtir les réservoirs d’eau et les puits, puis les canaux ; distribués les parcelles, ensemencer le sol et transporter à la main l’eau du puits jusqu’aux rangées de choux lorsqu’il n’y pas de canalisation…

Or, volonté et organisation n’y suffisent pas ; pour des populations sans ressources, à la merci des caprices du soleil et de la pluie, sujettes aux cycles des famines, l’investissement financier que représente l’achat des seules semences est bien souvent insurmontable.

D’où l’inestimable apport des banques traditionnelles d’épargne et de crédit (BTEC) créé dans sa lancée par « les 6S », devenue Fédération Nationale des Groupements Naam.

Avec les BTEC, les groupements paysans bénéficient de moyens pour le financement partiel ou intégral des activités de développement. De nombreux groupements féminins se sont ainsi constitués qui donnent aux femmes les moyens d’avoir des activités génératrices de revenus et, tout en étant moins dépendantes des maris, d’améliorer les conditions de vie de leur famille.  Mieux nourris, les enfants sont aussi davantage scolarisés. « Avant les groupements, on avait aucune chance d’améliorer notre vie quotidienne. Notre année dépendait entièrement de la récolte de céréales et des bêtes, pour ceux qui en avaient, mais tout ça, c’est la propriété des hommes. Aujourd’hui, on s’en tire mieux en tant que femme. Grâce aux bénéfices qu’on peut réaliser dans un groupement, on peut commencer avec l’embouche ovine et alors notre sort s’améliore nettement », explique Fatimata en arrosant ses choux.

Les femmes qui n’ont pu rejoindre un groupement féminin pour produire du beurre de karité, presser l’huile de jatropha ou cultiver un potager, n’ont quant à elles d’autre alternative que d’errer, bassine à la main, sur des sites aurifères qui ne produisent au mieux que des paillettes.  Pas de miracle non plus sur ces placers ! Au fantasme de l’argent facile succède la déconvenue, lorsque les négociants imposent un prix d’achat dérisoire. Trop modestes pour engager une exploitation industrielle, les gisements aurifères des collines burkinabé attirent une exploitation familiale aléatoire qui se développe ça et là, sur une terre sans ombre ni eau, une terre sans merci.

Nulle part ailleurs, le contraste est plus saisissant entre une terre brute et une terre mise en valeur !

… Une mise en valeur non par l’extraction de minerais, mais par la culture maraichère au long cours. En saison des pluies, les légumes sont remplacés par le riz et les céréales, suivant un cycle de polycultures qui s’harmonise avec les contraintes du milieu.

« Ici, on doit travailler dur par ce que la vie est dure, mais on voit les résultats de notre travail ! »

Les donateurs de SOS Faim qui ont participé en février à un voyage pour rencontrer les partenaires de l’ONG au Burkina Faso, ont noté d’importants bénéfices pour les populations au regard des coûts. Tandis que Dominique a déclaré : « Manifestement la microfinance ça marche! Nous avons reçu une vision positive du Burkina Faso, en rencontrant des gens très engagés et qui ont envie de « s’en sortir » », Christine a tenu elle à souligner « le courage et la détermination de certaines femmes qui sont prêtes à se battre pour prendre leur destin en main. »