L’alerte a été donnée fin janvier du risque d’une prochaine crise alimentaire au Sahel, mais elle a à peine été reprise par les médias. La famine en Afrique ne ferait-elle plus recette ? Le public se serait-il habitué à la litanie des crises alimentaires et y verrait-il une fatalité ? Pense-t-il peut-être même qu’on ferait-on mieux d’abandonner l’Afrique à son sort ?…

Si les acteurs du développement n’en croient rien, c’est qu’ils ont de leur côté le formidable dynamisme d’un monde paysan las de courber l’échine et résolu à lutter et à entreprendre !

« Le producteur d’aujourd’hui n’est plus celui de 1960 ! On a besoin d’aménagements dans la zone et nous voulons être investisseurs nous-mêmes ! Nous voulons contribuer à l’aménagement des parcelles que nous occupons et on veut être aidé en fonction de nos besoins ! » déclare Faliry Boly, le secrétaire général du Syndicat des riziculteurs de l’Office du Niger (ON). Créé en 1997, ce syndicat s’est constitué en réaction à la dérive des gestionnaires de l’ON, un organisme public malien en charge d’un domaine irrigué de 80 000 ha utilisant l’eau du fleuve Niger en plein Sahel.

Près de la moitié de la production rizicole malienne provient de cette zone. On y dénombre quelques 25 000 exploitations familiales sur des petites parcelles dont la taille moyenne est de 3,7ha. Les exploitants de ne sont pas propriétaires de la terre. Ils sont locataires et s’acquittent d’une redevance annuelle qui correspond à l’entretien du réseau d’irrigation. « Le SEXAGON est une initiative purement paysanne. Durant les trois premières années d’existence, nous avons refusé d’accepter de l’argent de l’extérieur ; chacun mettait la main à la poche. Cela a suscité l’inquiétude chez les hommes politiques car avant le syndicat, on ne voyait jamais les paysans se réunir. A présent, les gens décident eux-mêmes et savent se faire entendre des pouvoirs publics », poursuit Faliry.

Depuis sa création dans les années 30 par le colonisateur français, l’ON a toujours été considérée comme le fleuron du développement agricole malien. Or, dans les années 90, la libéralisation économique avait propulsé les paysans sur le marché, ce qui, dans les faits, s’était traduit par la mainmise des grands commerçants qui contrôlaient, en connivence avec certains cadres de l’Etat, l’approvisionnement en engrais et la commercialisation du riz, livrant les producteurs à la misère. Pour faire face à l’endettement, de nombreuses familles ont dû vendre leurs bœufs de labours et sont devenus tributaires des bœufs des autres qu’ils louaient en fonction de leur disponibilités, prenant un retard irrattrapable dans le repiquage, avec, pour conséquence d’affaiblir les rendements. Ainsi, l’ON fixe les rendements attendus à 6T à l’hectare, tandis que nombre de producteurs plafonnent à moins de 5T. Le Sexagon est quant à lui convaincu que les riziculteurs de la zone peuvent dépasser les 7T/ha.

Adama Sangaré, père de dix enfants, appartient à ces familles contraintes de s’endetter pour chaque campagne auprès des usuriers locaux : « après la récolte, mes prêteurs prélèvent les quantités qu’ils estiment leur revenir et au final, je n’ai aucun surplus et il me reste à peine de quoi nourrir ma famille. »  Ce cercle vicieux paraissait sans issue jusqu’à l’arrivée dans la zone du programme FAIR. Aujourd’hui, Adama a posé sa candidature pour devenir membre d’une coopérative et à travers elle, bénéficier des crédits avantageux proposés par le FAIR et ne plus être tributaire des usuriers locaux.

Kafo Jiginew, une institution de microfinance qui a construit son histoire avec les paysans

Faliry Boly explique : « lorsque le Sexagon a décidé de créer un fonds de garantie, SOS Faim nous a orientés vers l’institution de microfinance Kafo Jiginew qui était déjà partenaire de l’ONG dans une autre région du Mali. Nous avons mis sur pied une articulation entre la microfinance et l’organisation paysanne. Si les producteurs peuvent enfin accéder aux équipements, on fera augmenter les rendements et on évitera le gaspillage en eau. Avec une bonne organisation, on peut assurer l’autosuffisance ; on a l’eau et la terre, ce qui nous manque c’est l’équipement et la confiance, deux choses qui sont en train d’arriver avec le FAIR ! Chez Kafo Jiginew, ils sont des commerçants d’argent mais on leur demande d’aller au-delà et d’assurer aussi un rôle social. On demande leur appui pour nous aider à construire des coopératives et pour nous corriger dans notre gestion des investissements. Cette synergie est une innovation dans le financement même de l’agriculture en Afrique. Jusque-là, les institutions financières restaient confinées dans leur bureau à surveiller les crédits. La synergie, c’est plus fort que l’argent. On construit ensemble. C’est très nouveau et c’est plus fort.»