Sortie en janvier 2013, l’étude de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) , apporte une énième validation à l’approche adoptée par SOS faim en appui des revendications et préconisations des leaders paysans :  la clé de la sécuité alimentaire est dans la souveraineté alimentaire !

Selon cette dernière étude, « l’Afrique pourrait réduire son niveau de pauvreté plus rapidement en privilégiant la production d’aliments de base plutôt que les cultures d’exportation. »

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Les auteurs de l’étude réalisée dans 10 pays au sud du Sahara ont indiqué : « L’une des conclusions importantes du rapport est qu’une plus grande production de cultures de base, telles que le maïs, les légumes secs, les racines, ainsi que davantage de produits d’élevage, tend à réduire plus efficacement la pauvreté que la production supplémentaire de cultures d’exportation comme le café ou les fleurs coupées ».

Cette approche du développement est défendue par SOS Faim depuis sa création en 1964 à Bruxelles. Renforcée à partir de 1993 par la création d’une entité au Luxembourg, SOS Faim accompagne par exemple l’émergence du mouvement paysan ouest-africain et relaie ses revendications auprès des décideurs européens. Sur le terrain, elle apporte son appui à la structuration des organisations paysannes et à l’accès des paysans au financement rural, afin notamment d’éviter le recours aux usuriers,  d’améliorer leurs revenus et de défendre leurs intérêts.

Si environ un milliard de personnes souffrent de la faim,  les deux tiers sont des paysans et leur famille qui vivent principalement dans les pays en développement. Ces familles n’ont pas accès à une alimentation suffisante et de qualité, avant tout parce qu’elles sont trop pauvres pour acheter des aliments mais aussi pour les produire. Car produire nécessite des moyens qu’une agriculture familiale organisée et soutenue serait parfaitement en mesure de générer. Cependant, faute de soutien de la part des pouvoirs publics, de difficultés d’accès aux marchés, de mauvaises infrastructures, d’absence de moyens de stockage et de transformation, les conséquences des aléas climatiques sont lourdement ressenties par les familles qui se  retrouvnte trop vite démunie si la campagne agricole n’est pas bonne.

L’étude de l’IFPRI, qui semble découvrir ce que les leaders paysans clament depuis plus de 20 ans, affirme que si davantage de ressources publiques sont nécessaires pour générer plus de croissance agricole, « un tel investissement public dans le secteur des aliments de base est assurément rentable». Les auteurs affirment que la croissance dans le secteur des aliments de base peut être plus bénéfique pour les pauvres que la croissance dans le secteur des exportations agricoles. Et pour cause : « Le secteur des exportations agricoles est généralement associé à de grandes sociétés, mais les pauvres dépendent essentiellement des aliments de base pour survivre ».

Selon les auteurs de cette étude, la croissance de la production des aliments de base n’a pas seulement pour conséquence de réduire la pauvreté, mais permet de surcroit d’assurer la sécurité alimentaire. Pourtant, il est un moteur de la sécurité alimentaire qui mérite d’être davantage mise en valeur, c’est la souveraineté aliementaire, soit le « droit pour chaque Etat ou population, de choisir librement ses politiques agricoles, commerciales et alimentaires, sans dommage pour les pays tiers ». Ce droit a été défendu pour la première fois en 1996 au sommet mondial de l’alimentation organisé par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture). La souveraineté alimentaire est de plus en plus reconnue par les gouvernements et a même été intégrée dans certaines lois d’orientation agricole en Afrique (Mali, Sénégal).

Pour encourager le développement en Afrique subsaharienne, les conclusions de l’étude font ressortir la nécessité de se concentrer sur : l’accélération de la croissance agricole, la promotion de la croissance dans les grandes filières agricoles, le soutien de la croissance dans plusieurs filières agricoles, et la promotion de la croissance dans les filières étroitement liées à l’économie d’ensemble et ayant un impact direct sur les pauvres.

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Ainsi, le combat mené par les organisations paysannes avec le soutien d’ONG du Nord porte petit à petit ses fruits : les idées progressent et sont intégrées par certaines institutions, les politiques s’emparent de certaines préconisations, la voix des paysans porte…

Reste deux défis majeurs pour les années à venir : la cohérence des politiques d’une part (obtenir que ne soit pas mis en pièce par les politiques commerciales, par exemple, ce que les politiques de coopérations réussissent à mettre en place …) et le modèle agricole. Si l’importance du soutien à l’agriculture fait l’objet d’un nouveau consensus suite aux émeutes de la faim de 2008, deux types d’agriculture s’opposent, inconciliables : d’un côté l’agriculture paysanne, avec ces centaines de millions de paysans qui pratiquent une agriculture vivrière et qui, de par les petites superficies qu’ils ont à leur disposition, appraissent comme les garants du respect de la terre et des hommes …

De l’autre, l’agrobusiness ou agriculture industrielle amarrée à la finance internationale,  à la recherche sur les biotechnologies, lourdement dépendante des énergies fossiles, faible pourvoyeuse d’emplois et qui prétend à de forts rendements agricoles mais sans en intégrer la réalité des coûts externes…

Pourtant, qu’il s’agisse du rapport IAASTD, du Rapporteur Spécial des Nations Unies pour le Droit à l’Alimentation O. de Schutter, ou de la voix des leaders paysans, les preuves sont faites et l’hésitation n’est plus permise : c’est en soutenant l’agriculture paysanne et familiale et en renforçant le savoir traditionnel avec les connaissances agroécologiques et des pratiques respectueuses des sols que l’on pourra nourrir les 9 milliards d’êtres humains qui s’annoncent à l’horizon 2050.

 Article réalisé pour Agris Mundus et les étudiants en développement agricole durable

Marine Lefebvre

SOS FAIM

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