L’agriculture conventionnelle a vécu. Elle a fait les beaux jours de la construction européenne et enrichi quelques groupes de l’agroalimentaire devenus de puissantes multinationales. Elle continuera de survivre au prix de mirobolantes subventions et de la dissimulation des coûts externes, mais ses jours sont comptés !

Depuis 2008, les rapports internationaux validés par les organisations internationales (IAASTD, Banque Mondiale, FAO…) se succèdent qui appellent à un changement de paradigme : non seulement cette agriculture génératrice de 14 à 20% des émissions annuelles de gaz à effet de serres (GES) n’est pas durable, mais elle ne sera plus viable à très brève échéance. La hausse inexorable du coût des produits pétroliers fragilise toujours davantage le modèle. Qu’on y songe : l’agriculture conventionnelle repose sur des intrants indexés sur les prix du pétrole. Or, pour l’injection d’une calorie énergétique, elle n’en produit que 3, comme le souligne la journaliste Marie- Monique Robin dans sa dernière enquête. A l’opposé de l’agriculture conventionnelle, l’agro-écologie multiplie par 15 et même parfois 30 chaque calorie injectée dans le processus de production. Cet indicateur de productivité ne mériterait-il pas de remplacer dans nos calculs économiques le trompeur rendement à l’hectare qui omet en plus la dégradation des sols induite par l’agriculture intensive?

Dans le monde, ce sont près de 2 millions d’agriculteurs qui ont adopté un mode de production basé sur l’agro-écologie et son respect des écosystèmes et de la biodiversité. De fait, les études démontrent que cette méthode permet d’augmenter de 100 à 400% la productivité réelle !

Si les lobbies de l’agro-business restent puissants, nul ne peut rester insensible à la convergence des arguments qui militent en faveur d’une réorientation radicale du mode de production de nos denrées alimentaires. Le 8 novembre, Charles Goerens, en sa qualité de député européen, participait au débat qui suivait la projection du film « Les Moissons du futur » dans l’enceinte du Parlement européen. Interrogé par un collectif d’ONG dont SOS Faim sur la manière dont il comptait agir pour promouvoir les pratiques agroécologiques, C. Goerens a plaidé pour « le droit au développement endogène des agricultures ». « Mon libéralisme m’interdit d’ignorer le droit à la liberté des chances : les écarts de productivité (entre agricultures d’Europe ou d’Afrique) empêchent une compétitivité équitable ! ». Il a notamment proposé que l’UE puisse consacrer des fonds à la recherche alternative dans l’agriculture afin que les exploitants agricoles ne soient pas contraints de produire des OGM s’ils ne le souhaitent pas. « Même si l’agroécologie repose en grande partie sur les savoirs paysans, ceux-ci doivent être enrichis à travers un dialogue constant avec la recherche scientifique. »

Alors que l’UE peine à prendre les mesures qui iraient résolument dans le bon sens, au Sud, les Etats prennent de l’avance. Au Brésil, les politiques agricoles poussées par le Mouvement Paysan sans terre et la Via Campesina, appuient une transition vers des pratiques pérennes. Plus largement, dans les pays où l’agriculture familiale est demeurée le pilier de la production agricole, des mutations sont réalisées. Au Niger, l’Initiative 3N « Les Nigériens nourrissent les Nigériens » intègre la durabilité  et prévoit « la promotion des pratiques durables d’utilisation des ressources naturelles et d’adaptation aux changements climatiques ».

L’approche de la Conférence sur le climat de Doha nécessite de souligner que l’engagement pris par la communauté internationale de limiter à deux degrés le réchauffement de la planète restera inaccessible sans une refonte véritable de notre modèle agricole.

Marine Lefebvre, SOS Faim

Publié le 14 novembre dans Le Quotidien

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