A la satisfaction de la grande distribution, les consommateurs étaient au rendez-vous des fêtes de fin d’année. A voir les rayons de nos supermarchés, et même si ses qualités nutritives laissent trop souvent à désirer, notre alimentation reste abondante et variée. Près d’un milliard de personnes souffrent de la faim ? Les supermarchés ne s’implantent pas là où vivent ceux qui n’ont pas les moyens de consommer ; les paysans dépourvus de moyens de production et parfois de terre ne peuvent ni produire ni acheter de quoi nourrir leur famille. Le défi est pressant : comment restaurer les équilibres entre les consommateurs du Nord et les paysans du Sud, entre la production agricole et le développement durable ?
Le système de production agricole a atteint un seuil qui lui impose de repenser l’ensemble de son fonctionnement : comment pourrait-on améliorer la production sans se pencher sur la consommation, et son inégale distribution (l’obésité touche presqu’autant de personnes que la faim), ou encore sur les pertes agricoles et sur le gaspillage (un sixième de la production est perdu avant ou pendant la transformation, un autre sixième est jeté par la grande distribution et un dernier est jeté par les ménages…) ?
Interrogé par la revue Défis Sud éditée par SOS Faim, Gaetan Vanloqueren, chercheur en agronomie et conseiller principal du Rapporteur Spécial des Nations Unies pour le Droit à l’Alimentation, O. de Schutter, témoigne d’une lente mais positive évolution sur le front agricole: « De nombreux acteurs prennent conscience que les modèles agricoles à promouvoir en 2011 ne sont pas ceux de 1943 lorsque venait d’être lancée la révolution verte : il faut innover dans les manières de produire au mieux tout en respectant l’environnement. »

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Si le continent africain a été choisi pour accueillir la 17ème Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques, les intérêts de l’Afrique n’allaient pas être pour autant être mis en avant : alors qu’une petite dizaine de membres représente un pays africain, c’est  plus d’une centaine qui occupent les rangs des délégations américaine ou chinoise, constatent les observateurs.

 

Cette faible représentation africaine ne signifie certes pas que le continent soit moins concerné ; au contraire, les études scientifiques le désignent  comme la première victime des changements climatiques, avec un climat plus sec et des températures qui augmenteront plus rapidement qu’ailleurs… Ultime paradoxe : l’Afrique est bien évidemment le continent qui, ayant connu un développement industriel moins important, a le moins contribué au réchauffement climatique. Aucun doute pourtant, c’est bel et bien l’Afrique rural qui éprouve d’ores et déjà les effets des changements climatiques dont l’agriculture, source majeure de subsistance de sa population, est la première à pâtir. Les experts prévoient d’ailleurs que l’augmentation des températures provoquera d’importantes pertes de rendement pour les principaux aliments de base du continent.

Sur le terrain, le changement est déjà une réalité : « Nos enfants ne connaissent plus les pullovers ! », nous expliquait Paul Thiao lors de son passage au Luxembourg en novembre, juste avant de rejoindre Durban pour participer à la conférence avec la délégation du Sénégal.  « 95 % des paysans sénégalais pratiquent une agriculture sous pluie, or les pluies sont décalées, tombent sur une période plus courte et sont plus fortes : elles lavent les sols au lieu de s’infiltrer… »

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La RD Congo prépare ses élections présidentielles pour le 28 novembre. Face à cette échéance lourde d’incertitudes, les paysans qui représentent près de 80 % de l’électorat congolais tentent de faire entendre leurs voix et réclament la promotion de l’agriculture familiale.

Alors que le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) vient de rendre public son Rapport annuel sur le développement humain classant la RDC au 187ème et dernier rang des pays, le Président sortant, Joseph Kabila, a, malgré un bilan guère positif,  toutes les chances d’être reconduit. La réalisation des cinq chantiers majeurs inscrits à son programme lors de l’élection de 2006 (infrastructures, emploi, accès à l’eau potable et à l’électricité, éducation, santé) est loin d’être achevée. A l’Est du pays, la paix n’est toujours pas revenue et freine le développement des deux provinces du Kivu.

Quant au secteur agricole congolais, c’est « une agriculture traditionnelle de subsistance, (…) qui génère peu de revenus décents. Nous continuons de pratiquer l’agriculture comme l’ont fait nos pères, les pères de nos pères : cultiver, manger avec sa petite famille, épuiser toute la récolte de la saison et recommencer le même cycle. Pas d’économie! Aucun tableau des prévisions!… », déplore Paluku Mivimba, président de la plateforme paysanne créée en  2011, la CNAPAC.

Dans un vaste pays où les voies de communication font défaut, où les principales villes ne sont plus reliées entre elles que par des lignes aériennes parmi les plus dangereuses au monde, et dont les régions rurales sont particulièrement enclavées, le mouvement paysan qui émerge est une prouesse.

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Aucune « solution » proposée par la Banque mondiale ou le FMI n’a sorti les paysans africains de la pauvreté. « On est devenus encore plus vulnérables », affirme Ibrahim Coulibaly, représentant des organisations paysannes du Mali, devant le Conseil de la sécurité alimentaire mondiale le 21 octobre.

Les méfaits des plans d’ajustement structurel menés par les institutions internationales n’ont que trop duré. Les pistes pour en sortir sont claires.

Elles demandent une volonté politique pour leur mise en œuvre.

 Au Mali et ailleurs, SOS Faim soutient les revendications paysannes et leur vision du changement.

 

Il y a près de quarante ans, quand j’étais tout petit, on ne parlait pas de volatilité. Je me rappelle encore que notre gouvernement donnait des charrues, des bœufs de labour, de l’engrais à crédit à nos parents. À l’époque, il y avait un service public, l’OPAM, qui achetait les produits alimentaires aux familles paysannes à des prix connus d’avance.

Il y a environ trente ans, j’étais au collège, on nous a dit que c’était mieux de produire pour les marchés extérieurs et nous avons commencé à entendre dans le discours de nos hommes politiques un terme « détérioration des termes de l’échange », une véritable complainte à l’époque, mais qui n’a eu d’écho nulle part. De quoi s’agissait-il ?

En vérité, les prix des produits agricoles d’exportation s’effondraient sur le marché international. Les gouvernements d’alors avaient certes commis l’erreur fatale de pousser les paysans à produire plus de produits d’exportation mais, quand cela a mal tourné, seuls les paysans ont payé le lourd tribu.

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SOS Faim s’associe à ce texte co-signé par différentes organisations françaises

Au Nord comme au Sud, il est temps de soutenir les agricultures familiales. Le ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire, reconnaissait récemment qu’il faut « sortir d’un système qui n’a pas fonctionné, dans lequel le Nord nourrit le Sud, pour un système plus efficace où le Sud progresse dans son autonomie alimentaire ». La réforme de la Politique agricole commune pour 2014-2020 va-t-elle dans ce sens ? Les propositions présentées le 12 octobre par la Commission européenne sont loin du compte !
L’agriculture, essentiellement familiale, fait vivre jusqu’à 80% des populations des pays les plus pauvres de la planète. Les paysans du Sud, qui sont très majoritairement des femmes, représentent également 75% des 925 millions de personnes touchées par la faim. C’est pourquoi, l’Union européenne place le soutien à l’agriculture familiale parmi les priorités de sa politique de développement. Mais avec la nouvelle PAC, l’UE menace, comme par le passé, de reprendre d’une main ce qu’elle donne de l’autre et d’aggraver le sort des agriculteurs du Sud en continuant d’éliminer les petits paysans Européens. En effet, l’Union européenne, premier importateur et deuxième exportateur mondial de denrées alimentaires, est un acteur majeur sur le marché international. Ses décisions ont donc une influence déterminante sur l’alternance brutale de flambées et d’effondrements des prix agricoles mondiaux qui affectent durement les revenus de millions de paysans. Or, depuis plusieurs décennies, dans le cadre d’une stratégie globale de libéralisation des marchés agricoles, les mécanismes de maîtrise de la production (quotas laitiers, etc.) et de régulation des marchés agricoles (stocks publics, etc.) ont été peu à peu abandonnés. Les propositions de l’UE obéissent à cette logique  dangereuse qui la prive de moyens pour contribuer à limiter la volatilité des prix agricoles mondiaux. Une menace pour la sécurité alimentaire mondiale.
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