Le Luxembourg s’en sort bien : avec 1% de son revenu national brut (RNB) consacré à l’aide publique au développement, le Grand Duché peut se targuer d’être l’un des seuls pays au monde à respecter ses engagements, ce qui lui a valu le satisfecit de Ban Ki-moon lors de sa récente visite au Grand-Duché.

 

A y regarder de plus près pourtant, même l’excellent élève luxembourgeois a diminué le montant de son aide publique qui avait atteint 1,09 du RNB en 2010. Au plan international, on assiste à des coupes drastiques dans les budgets, conséquence  de la crise financière qui s’est muée en crise économique, puis budgétaire suite aux plans d’austérité adoptés. Certains observateurs y voient l’annonce d’un quasi démantèlement de cette aide: «De nature je suis très optimiste, mais pour l’avenir de la coopération au développement, je suis pessimiste». Mamadou Goïta, économiste du développement, secrétaire exécutif du Réseau des organisations paysannes et des professionnels agricoles d’Afrique de l’Ouest (Roppa), partenaire de SOS Faim, prédit la fin prochaine de la coopération au développement : « il est un peu plus compliqué aujourd’hui de mobiliser des ressources. Nous avons des difficultés à nous projeter dans l’avenir, au-delà des 5 ou 10 ans. Les appuis deviennent très étriqués, et la durée de mise en œuvre de plus en plus courte ».

Son inquiétude est teintée d’amertume : « J’ai dit une fois lors d’une conférence publique à Ottawa que le Mali finançait le Canada. Les gens ont réagi : Mais comment est-ce qu’on peut dire des choses pareilles ? Je leur ai répondu : les entreprises canadiennes qui exploitent l’or du Mali gagnent 10 fois plus que ce que vous envoyez dans le cadre de la coopération.  Si vous dites à vos entreprises de ne plus piller le Mali, il n’aura plus besoin de votre aide ».

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Avril 2012- Chronique SOS FAIM-LE Quotidien

Il ne s’agit pas d’un slogan de campagne, ni publicitaire, mais d’une parole rapportée du Burkina Faso où certaines mères de famille ne préparent plus qu’un repas tous les deux jours.

Après les crises alimentaires de 2005 et 2010, mauvaises récoltes et augmentations continues des prix des denrées alimentaires font basculer des millions de pauvres dans la sous-nutrition : les économies rurales des pays sahéliens sont en ruine et les enfants en sont les premières victimes. C’est au Sahel que le taux de mortalité infantile (entre 6 mois et 5 ans) est le plus élevé du monde avec la mort par malnutrition de près de 6 enfants sur 10.

De la Mauritanie jusqu’au Tchad, les pays sahéliens sont gagnés par une insécurité alimentaire chronique. Dans le monde rural, la situation alimentaire de certains villages était déjà préoccupante trois mois seulement après la fin des dernières récoltes ! Dès février, certaines mères de familles démunies se forçaient à restreindre la consommation alimentaire : au Centre-Nord du Burkina Faso, notre collègue Aude Ehlinger a recueilli le témoignage de familles où le repas de base ( « riz au gras ») n’est préparé qu’une fois tous les deux jours. Entre deux ? « On patiente ».

 

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Les élections ne reflétant parfois qu’un simulacre de démocratie, les peuples de certains pays continuent certes d’élire leur président, mais ont appris à ne pas compter sur eux. En RD Congo ou au Cameroun, les présidents sortants y ont été reconduits mais les sociétés civiles se prennent en main.

 Au Cameroun, le président Biya réélu depuis novembre vit essentiellement en Suisse où il suit des soins médicaux. Gouverner un pays depuis un autre continent n’est pas chose aisée et les Camerounais qui l’ont réélu semblent s’en accommoder. Mais comment ne pas s’accommoder si l’on risque sa vie à s’opposer ?

Les Congolais partagent la même analyse : plutôt qu’une opposition frontale et forcément stérile, se rassembler sur des projets concrets, sans se mêler de politique, tisser des liens et des réseaux, est une alternative pour faire évoluer la société.

Au Cameroun, le Service d’Appui aux Initiatives Locales de Développement (SAILD) a été l’initiatrice du mouvement paysan camerounais et l’instigatrice de services techniques et d’informations à travers La Voix du paysan qui, d’un bulletin de liaison est devenue en quinze ans un véritable mensuel d’information paysanne diffusé sur l’ensemble du pays. Et elle fait des émules à l’extérieur : en février, l’équipe de la toute jeune Voix du Paysan congolais est venue de Kinshasa profiter de l’expérience de son ainée camerounaise. « La période actuelle n’est pas moins catastrophique que sous Mobutu par ce qu’il n’y a pas eu de réforme pour donner sa chance à la population. Ce qu’on note, ce sont des avancées dans la liberté d’expression mais la démocratie ça doit être aussi le développement économique… Là il n’y a rien et c’est notre combat ! », témoigne le rédacteur en chef du mensuel congolais.

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Le Jeudi a publié le 8 mars 2012 une entretien avec Marine Lefebvre  de retour du Cameroun.

La partie noble de la coopération Sud-Nord: un exemple camerounais

Le Jeudi: «Pourriez-vous nous expliquer ce qui vous a amenée au Cameroun?»

Marine Lefebvre: «SOS Faim Luxembourg organise des voyages de donateurs au rythme d’environ un tous les deux ans. L’idée derrière ces voyages, au-delà de celle de la transparence des actions de l’ONG, est de permettre aux donateurs de mieux comprendre la complexité des régions où l’ONG est présente. Il n’y a rien de tel qu’un voyage de terrain. On peut écrire tout ce qu’on veut ici, on peut faire des émissions et des conférences, ce n’est qu’en rencontrant les partenaires du Sud, en voyant leurs réalités quotidiennes, qu’on va mieux comprendre les défis et à quoi il sert de les aider. Alors que, parmi les donateurs, plus de la moitié n’avaient jamais mis les pieds en Afrique, au retour plusieurs étaient désireux de s’investir plus personnellement dans l’ONG – ce qui est un autre “bénéfice” de ce type de voyage. Au Cameroun, je faisais donc partie de l’équipe d’encadrement.»

Le Jeudi: «Qui sont ces partenaires que vous avez rencontrés?»

M. L.: «Il s’agit essentiellement d’organisations paysannes, puisqu’au Cameroun, comme dans bon nombre de pays africains, c’est 60% de la population qui dépend de l’activité agricole. D’ailleurs, dans l’esprit de tous nos partenaires, il ne fait aucun doute que le développement du Cameroun passera par l’agriculture. Ils estiment unanimement que ce n’est certainement pas en excluant le monde agricole comme l’ont fait pendant des décennies les politiques d’ajustement structurel et les coupes sombres dans les budgets agricoles que le pays pourra se développer.

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Les scènes d’émeutes qui se sont déroulées pendant quelques jours au Sénégal projettent une ombre pesante sur les prochaines élections présidentielles. Si Dakar est en ébullition, le risque que les campagnes fassent à leur tour entendre leur voix est grand : les récoltes 2011 ont été très mauvaises et pas seulement pour des motifs climatiques…
Alors que le Mouvement du 23 juin (M23), qui réunit l’opposition politique et la société civile dénonce un  « Coup d’Etat constitutionnel «  suite à la validation de la candidature d’Abdoulaye Wade par le Conseil constitutionnel, une autre clameur grossit dans les campagnes : la « soudure », cette période des vaches maigres qui coïncide avec l’épuisement des réserves vivrières dans le monde paysan, s’est installé très tôt cette année.

C’est le Cadre national de concertation des ruraux (Cncr), partenaire de SOS Faim, qui a fait ce constat dès la mi-janvier, s’appuyant sur les observations des organisations membres réparties dans l’ensemble du pays.  Or, la mauvaise  campagne agricole est largement imputée à l’Etat et à sa « mauvaise politique agricole » caractérisée par la mise à disposition trop tardive de semences de piètre qualité,  une  « politique discriminatoire dans la mise en place du matériel agricole qui n’atteint pas sa véritable cible ». A ces défaillances s’ajoutent les difficultés croissantes d’accès à la terre et les pratiques que les ruraux dénoncent comme relevant de « l’accaparement des terres au détriment des vrais exploitants agricoles, lesquels se voient de plus en plus réduits au statut de paysan sans terre. »

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